La responsabilité politique et l’exemple coréen
Le Président Yoon Suk-yeol avec Le Président Marcos des Philippines à Manille en 2023. South Korean President Yoon Suk Yeol and Philippine President Bongbong Marcos attend the Philippines–Korea Business Forum at the Manila Hotel (Presidential Communications Office), Publié le 7 Octobre 2024, Agrée sous la domaine: Philippines Public Domain. Rien n'a été changé.

La responsabilité politique et l’exemple coréen

En janvier 2026, le tribunal de l’arrondissement de Seoul Central a condamné l’ancien président de la République, Yoon Suk-Yeol, à cinq ans de prison pour sa tentative de coup d’État. En effet, en 2024, Yoon a déclaré la loi martiale pendant quelques heures, avant que l’assemblée coréenne ait annulé le décret de Yoon. 

Cet événement est un exemple de l’application de la justice à un ancien chef d’État. Il est important que les politiciens soient responsables de leurs actions pendant leurs mandats, et la Corée du Sud nous a montré une société où personne n’est au-dessus des lois. Le Canada, l’Europe et, certainement, les États-Unis pourraient s’inspirer de la Corée du Nord.

Qu’est-ce qui est arrivé?

Le 3 décembre 2024, à 22 h 23, Yoon a annoncé au peuple coréen que le parti de l’opposition (le Parti démocrate de la Corée, aussi dénommé le DPK) organisait un complot avec l’intention de faire s’effondrer l’État coréen. Yoon les représentait comme une bande criminelle qui visait à détruire la liberté et la démocratie. 

Yoon a terminé son adresse en affirmant qu’il existait un complot Nord-Coréen contre son gouvernement. Il dit alors aux citoyens de tolérer des “dérangements mineurs” (ce qu’il qualifiait de loi martiale) avant d’exécuter la loi martiale, c’est-à-dire la loi qui confère au pouvoir exécutif le contrôle de l’armée nationale.

Yoon a demandé à tous ses généraux de se préparer à cette période « spéciale » — la durée de la loi martiale. Accompagné de l’armée, il a ensuite déployé des soldats à l’Assemblée nationale afin d’empêcher les députés d’annuler sa déclaration.

Quand les législateurs coréens ont appris cette nouvelle, ils ont commencé à se rendre à l’assemblée nationale pour retirer la loi martiale. Lee Jae-myung, chef de l’opposition, le Parti démocrate (DPK), a dirigé les efforts. Certains des législateurs ont dû éviter l’armée en entrant à l’assemblée. Lee les a diffusées en direct à 70 000 téléspectateurs lors des événements des 3 et 4 décembre.

Lee a dû grimper à une clôture du périmètre pour entrer dans le  complexe de l’Assemblée nationale. Seuls 190 membres du Parlement coréen, qui compte 300, ont pu entrer dans le bâtiment. Ces législateurs ont voté pour retirer la déclaration martiale: le vote a été de 190 à 0 voix.

Dès la fin du vote, les soldats ont quitté le bâtiment. La journée suivante, plusieurs membres de l’assemblée coréenne ont lancé une procédure de mise en accusation contre Yoon. Celui-ci, cependant, a répondu qu’il n’avait rien fait de mal ni d’injuste.

Et la justice…

Quel était l’objectif de Yoon ?

Ce n’est pas exactement évident. Le coup d’État a échoué 1 000 jours après le début de son mandat, ce qui suggère que Yoon l’aurait planifié dès son élection au poste de président. 

Les procureurs de son procès de mise en accusation affirment que Yoon voulait devenir dictateur, comme les anciens dictateurs coréens, notamment Park Chung-hee et Chun Doo-hwan. 

Même si les motivations des Yoon ne sont pas évidentes, il est certain que le ministre de la défense, Kim Yong-hyun, était un ardent militant de sa cause. Après le coup d’État a été mis en échec, Kim a essayé de se suicider dans sa chambre de prison en décembre 2024.

Il existe des preuves selon lesquelles Yoon croyait que le parti de l’opposition (DPK) faisait partie d’une conspiration liée au gouvernement Nord-Coréen. Des politiciens et journalistes de droite ont facilité la transition à droite de Yoon. En convainquant Yoon qu’il poursuivait l’héritage des dictateurs Park et Chung, Yoon a commencé à croire qu’il protégeait le pays contre un complot de la Corée du Nord. Cependant, Kim (le ministre de la Défense) a placé l’idée de déclarer la loi martiale à Yoon.

Les conséquences

La vitesse de la mise en accusation et l’emprisonnement de Yoon étaient incroyables. La déclaration a eu lieu le 3 décembre 2024, et la mise en accusation parlementaire de Yoon s’est déroulée le 14 décembre, avec 204 des 300 membres de l’assemblée votant pour sa mise en accusation. Le 4 avril, le tribunal constitutionnel a jugé que celle-ci était valide. En attendant l’élection prévue le 3 juin (2 mois après la décision de mise en accusation), l’ancien premier ministre Han Duck-soo a assuré la présidence intérimaire : il a été président pendant la majeure partie de la période suivant le 14 décembre.

Le procès officiel de Yoon se déroulera le 19 février 2026, mais Yoon a déjà été condamné à 5 ans de prison pour l’obstruction de son arrêt. Les procureurs sont en faveur de la peine capitale.

Comment le faire chez nous

La prise de responsabilités des politiciens est actuellement une véritable polémique. En Écosse, il y a des propositions pour une loi qui criminalise le mensonge pendant les campagnes d’élection.

Il s’agit peut-être d’une réaction aux événements récents aux États-Unis. Surtout les meurtres des citoyens qui manifestent contre ICE, et les dénégations des officiels gouvernementaux.

La Corée du Sud a une histoire d’autocratie. Pendant les années 1960 et 1970, le tyran Park Chung-hee a écrasé les dissensions. Il était suivi de Chun Doo-hwan, une autre autocrate qui a cédé aux manifestants en 1987, en permettant l’élection présidentielle de 1987. À cause de cette histoire, les citoyens et le Parlement ont fermement refusé de perpétuer ces systèmes. Il s’agit d’un exemple de prise de responsabilité politique. Les acteurs malveillants auraient dû être punis, et c’est exactement ce qui s’est passé. Moins de deux ans après son acte de trahison, Yoon est condamné à la prison.

Cette application de la loi ne concerne pas seulement Yoon. Le ministre de la Défense ? Condamné. Le premier ministre? Condamné à 23 ans. Le ministre de la Défense fut également condamné, tout comme le Premier ministre, à 23 ans de prison ferme.

Pour beaucoup, c’est la bienséance des législateurs du PPP, le parti de Yoon, qui impressionne. Ils ont complètement respecté la Constitution coréenne, une phrase qu’on ne pourrait pas répéter des politiciens des États-Unis et du Canada.

Les politiciens sont censés répondre aux besoins de leurs citoyens. La Corée du Sud a démontré exactement cela.

Édité par Marie-Amy Diallo.

This is an article written by a Staff Writer. Catalyst is a student-led platform that fosters engagement with global issues from a learning perspective. The opinions expressed above do not necessarily reflect the views of the publication.

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