Gustavo Petro: Militant, guérillero, président de la République colombienne

Gustavo Petro: Militant, guérillero, président de la République colombienne

En 2022, Gustavo Petro est devenu le premier président de gauche de la Colombie. Remportant 700 000 voix de plus que son opposant, la victoire de Petro a constitué un moment historique en Colombie. 

L’enfance de Petro

Petro est né à Ciénaga de Oro en 1965, et sa famille a déménagé à Zipaquirá pendant les années 1970. Alors qu’il n’avait que 17 ans, Petro est devenu membre de M-19, un mouvement de guérilla de gauche qui se battait contre la corruption dans la politique colombienne. M-19 était un groupe urbain qui tirait son inspiration de la légende de Robin des Bois: «M-19 est né pour bâtir une démocratie », a déclaré Petro au journal américain The New York Times

M-19 est responsable de plusieurs épisodes violents, particulièrement le siège du palais de justice en 1985, pendant lequel les combattants de M-19 ont assiégé le palais de justice et ont pris les juges de la Cour suprême en otage. Le but était de faire un procès contre le président Belisario Betancur. Selon M-19, Bentancur a enfreint la trêve entre les groupes rebelles et le gouvernement. En capturant les juges de la Cour suprême, M-19 pourrait les utiliser pour faire un procès contre le président et le rendre coupable. Petro n’était cependant pas présent en 1985, car il était déjà emprisonné en raison de son affiliation avec M-19.

Après avoir passé 18 mois en prison, Petro décide que ses objectifs politiques — principalement  la réduction des inégalités sociales et économiques — seraient plus facilement atteints à travers la politique électorale.  Il a donc commencé sa carrière électorale en 2002 comme représentant de Bogotá, la capitale, en tant que membre de son propre parti politique, Via Alternativa (Voie Alternative). En 2006, Petro fut élu au Sénat, la chambre haute du Congrès colombien. En 2010, Petro était candidat à la présidentielle. Il finit en quatrième place et, l’année suivante, décida de se présenter comme candidat pour la mairie de Bogotá.

Maire de Bogota

Après avoir été élu maire de Bogotá en 2011, Petro a pris le pouvoir au début de l’année 2012. Sa plateforme visait alors à réduire les inégalités, à protéger les marécages autour de Bogotá et à combattre la corruption. 

Petro a obtenu du succès dans ses mesures. Il a soulevé plus de 500 000 individus au-dessous du seuil de pauvreté (dans une ville de 8 millions). Le taux d’homicides a chuté de 50 %. De plus, Petro a également créé environ 50 nouveaux centres sanitaires et le taux de mortalité infantile a aussi diminué. Finalement, comme maire de Bogotá, il a commencé à construire un métro qui serait prêt en 2028.

Dès le début de son administration, la bourgeoisie colombienne traditionnelle et la presse de droite ont demandé sa démission. En 2013, une pétition qui demandait le rappel de Petro a amassé des centaines de milliers de signatures.

L’Inspecteur général Alejandro Ordóñez a renvoyé Petro du mandat de maire à cause de ses efforts pour récupérer l’industrie de la gestion des déchets pour le public. Le 19 mars 2014, Petro a été retiré de ses fonctions. 

Des manifestations s’ensuivirent, car le public croyait que son congédiement était motivé par la politique de l’Inspecteur général. Les manifestations révélèrent que Petro avait encore le soutien du peuple de Bogotá, et le 19 avril, il était rétabli comme maire de Bogotá. Ce ne serait pas la dernière fois que les institutions de droite colombienne ont essayé de saboter Petro. 

Agitation politique en Colombie

La politique de la Colombie est définie par une rivalité entre les partis libéraux et conservateurs. En 1899, le parti libéral a déclaré la guerre contre le gouvernement conservateur, qui a commencé une guerre civile qui a duré plus de trois ans. Cette guerre, connue comme la Guerre de Mille Jours, a été cruelle et destructive, mais elle a établi la base de la politique colombienne pendant plus de cent ans.

Le gouvernement conservateur a gagné la guerre, mais l’opposition libérale est demeurée forte. Les deux partis ont régulièrement échangé le pouvoir pour la plupart du dernier siècle. Le résultat de cette formation politique est donc l’exclusion des partis politiques de gauche; la gauche colombienne était marginalisée. Le résultat a été une immense résistance paramilitaire de sa part.

Pendant la période connue comme La Violencia (1948-1958), des groupes de guérilla ont été établis par des paysans pour l’autodéfense contre d’autres groupes paramilitaires. Ces guérilleros se transformèrent en organisations gauchistes pendant les années 1960 et 1970. Ces groupes, y compris des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) et M-19, ont combattu le gouvernement colombien pendant des décennies, et certains paramilitaires gauchistes sont toujours en conflit avec le gouvernement, bien que les FARC et le gouvernement aient signé un traité de paix en 2016.

L’élection de Petro est probablement la première fois que la gauche a été réellement au pouvoir en Colombie, et certainement depuis la Deuxième Guerre mondiale. C’est un des seuls pays du monde à ne pas avoir un chef d’État gauchiste pendant ce temps.

Petro à la présidentielle

La première fois que Petro était candidat à la présidentielle, il a terminé en quatrième position, avec environ 10 % des voix. Cette élection se déroula avant que Petro ait été maire de Bogotá. 

La deuxième fois, en 2018, Petro a terminé en deuxième position. Son programme était composé d’une promesse d’assurance maladie universelle (CMU), de nationaliser le secteur bancaire et d’autres promesses écologistes.

Le résultat des élections démontra un succès pour la gauche colombienne, qui a seulement perdu le deuxième tour de la présidentielle par moins de deux millions de voix.

En 2022, Petro déclara qu’il ne serait pas un candidat éternel et que 2022 serait la dernière fois qu’il se présenterait à la présidentielle. Son programme de créer une pension de retraite, de se battre contre l’inégalité, de protéger les ouvriers et l’environnement, et une «paix totale» avec les guérilleros a parlé aux croyances du peuple colombien. Avec ses efforts incroyables, en 2022, il a gagné plus de 50 % des voix au second tour de la présidentielle.f

Les défis d’un dirigeant

Le fait que Petro soit élu en 2022 choqua la société colombienne. Dès le début de son mandat, Petro n’avait qu’une minorité de soutien aux deux chambres du Congrès. Donc, pendant la période de transition entre l’ancien gouvernement et le sien, il a construit  une alliance avec deux partis libéraux et centristes.

En bref, Petro a eu peu de succès avec son programme (qui est similaire à celui de 2018), et ses cotes de popularité ont baissé de 50 % jusqu’à 25 % pendant ses douze premiers mois de mandat. Les projets domestiques ne se sont pas accomplis, et Petro est encore le sujet d’immenses critiques de la droite.

Ses deux nouvelles promesses de 2022, sa réforme ouvrière et sa création d’une pension de retraite, sont actuellement gelées en Congrès. Peu de ses idées écologistes furent établies. Son but de «paix totale» avec les guérilleros paysans est encore hors de portée.

Avec le manque de résultats de son mandat, Petro est devenu frustré. Il a été décrit comme combatif et, en février 2025, a demandé la démission de tout son cabinet.

Le succès 

Le mandat de Petro eut deux succès majeurs. Le premier concerne les relations internationales. Petro est actuellement en conflit avec Donald Trump, le président des États-Unis, concernant le génocide à Gaza.

En septembre, Petro était à New York pour le rassemblement des Nations Unies, quand il exigea une armée internationale pour libérer Gaza. Après qu’il soit parti, Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, a retiré son visa pour visiter les États-Unis.

Petro est aussi un fort critique des déportations prenant place aux États-Unis, certaines d’entre elles ayant expulsé des citoyens colombiens.

Deuxièmement, la transparence du gouvernement Petro est encourageante. Les démissions du cabinet, des conférences ou les ministres qui critiquèrent Petro furent diffusées pour les téléspectateurs.

Le futur de la gauche en Colombie

Le mandat de Petro n’est pas déroulé parfaitement, et en Colombie, les présidents sont tenus à un mandat de quatre ans. La prochaine élection est en 2026. Présentement, Ivan Cepeda, un sénateur gauchiste, est en tête du scrutin pour la présidentielle, à 24 %. 

Gustavo Petro s’est transformé d’un guérillero en prisonnier, en sénateur, en maire et finalement, en président de la République colombienne. L’ascension de Petro à l’échelle sociétale colombienne est remarquable. Bien que son mandat ait été décevant pour certains voteurs de gauche, Gustavo Petro a créé une gauche militante et puissante, qui sera une force politique colombienne pour longtemps.

Édité par Marie-Amy Diallo.

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