« Il faut couper cette sale tête sans la moindre hésitation » : Sanae Takaichi s’immisce dans la question de Taïwan
Photo credits: “Sanae Takaichi on her first day as prime minister in the Kantei ” by 首相官邸 (Cabinet Public Affairs Office), published on September 21, 2025, licensed under Creative Commons Attribution License 4.0 International. No changes were made.

« Il faut couper cette sale tête sans la moindre hésitation » : Sanae Takaichi s’immisce dans la question de Taïwan

Les tensions entre la Chine et le Japon ont été exacerbées ces derniers jours par les contestations sur la question de Taïwan, un territoire souverain de facto, dont l’indépendance n’est pas reconnue internationalement. La Chine réclame l’île comme faisant partie de son territoire et n’exclut pas l’utilisation de la force pour l’annexer. L’arrivée de Sanae Takaichi au pouvoir pourrait avoir de nouvelles implications pour le rôle du Japon dans la situation. 

Des propos provocateurs

Le 7 novembre, la nouvelle première ministre du Japon, Sanae Takaichi, a fait une remarque sur les actions militaires de la Chine envers Taïwan durant une session parlementaire. Elle a déclaré que  « s’il y a des navires de guerre et l’usage de la force, peu importe comment on y pense, cela pourrait constituer une situation menaçant la survie du Japon ». Ce commentaire fait référence à l’augmentation des exercices militaires de grande envergure tenus par la Chine dans les eaux autour de Taïwan depuis le début de l’année. 

Selon une loi japonaise controversée, établie en 2015, des attaques menées contre un pays entretenant des liens étroits avec le Japon et qui pourraient poser une menace existentielle à ce dernier rendraient légitime la mobilisation des Forces japonaises d’autodéfense (FJA). Alors que la Constitution japonaise interdit au pays de posséder une armée offensive suite à sa défaite lors de la Seconde Guerre mondiale, cette loi concernant la défense des pays alliés agrandit la portée du potentiel militaire japonais.

Bien que Taïwan ne soit pas une alliée officielle, elle est située à seulement 100 kilomètres du territoire japonais et chevauche des voies maritimes vitales pour l’économie japonaise, et pourrait donc être sujette à cette loi. De plus, si la Chine devait envahir Taïwan et que les États-Unis se mobilisaient pour défendre l’île, les bases militaires américaines au Japon seraient impliquées. Les propos de Takaichi suggèrent donc une éventuelle action militaire de la part du Japon, ce qui n’a pas été pris à la légère par le gouvernement chinois.

En effet, cette situation a sérieusement froissé les relations diplomatiques sino-japonaises. Jusqu’à présent, les dirigeants japonais précédant Takaichi s’étaient toujours vaguement exprimés sur la question de Taïwan, suivant une « stratégie d’ambiguïté » qui avait été maintenue par les États-Unis. Cette tactique laissait la Chine dans l’incertitude quant à ce qui arriverait si elle envahissait Taïwan, compliquant ses plans d’action. Désormais, la remarque de Takaichi a donné à la Chine des munitions pour effectuer des représailles concrètes. 

Contexte historique

D’abord, pour comprendre le mécontentement de la Chine, il faut se tourner vers l’héritage des guerres sino-japonaises et de la Seconde Guerre mondiale, lors de laquelle le Japon a commis des atrocités comme le massacre de Nanjing. La Chine ne considère pas avoir reçu de suffisantes excuses de la part du gouvernement japonais et traite toujours ses interactions avec méfiance. Le sentiment anti-japonais est ainsi devenu une caractéristique du nationalisme chinois.

Le Japon a spécifiquement établi une colonie à Taïwan en 1895 sous le traité de Shimonoseki lors de sa victoire durant la première guerre sino-japonaise, jusqu’à 1945, après sa défaite dans la Seconde Guerre mondiale. Bien que l’occupation coloniale de l’île ait été marquée par des progrès économiques et technologiques, elle a aussi été accompagnée de la répression politique et de la violence. Cet antécédent colonial explique pourquoi l’intervention du Japon en ce qui concerne Taïwan est un sujet extrêmement sensible pour la Chine. 

Il est aussi intéressant de noter que Sanae Takaichi est une nationaliste radicale, connue pour avoir visité le sanctuaire Yasukuni où le souvenir de soldats japonais, dont des criminels de guerre, est honoré. Elle a aussi critiqué le premier ministre Tomiichi Murayama pour avoir présenté des excuses pour les souffrances infligées par le Japon durant la Seconde Guerre mondiale, en 1995. Il n’est donc pas étonnant que la Chine la considère d’un œil sceptique et demande au Japon de réfléchir à sa culpabilité historique et de respecter ses engagements politiques envers la politique d’une Chine unique, ce qui inclut reconnaître l’inclusion de Taïwan dans le territoire chinois. 

Les réactions du côté chinois  

Une série d’accusations colériques a surgi dans la politique et les médias chinois, indiquant la renaissance de la diplomatie du « loup guerrier », une stratégie politique qui priorise des revendications agressives au lieu de maintenir des façades amicales.

Dans une publication sur la plateforme X, qui a maintenant été supprimée, le consul général de Chine à Osaka a écrit : « Il faut couper cette sale tête sans la moindre hésitation ».  Hu Xijin , un fameux nationaliste chinois, a également publié sur X, qualifiant Takaichi de « véritable sorcière » qui « a réussi à attiser la haine entre les opinions publiques chinoises et japonaises. » De plus, le réseau principal de l’État, la télévision centrale de Chine (CCTV),  a diffusé un commentaire, avertissant que les dirigeants japonais s’imposant dans le problème de Taïwan sont « voués à se tirer une balle dans le pied ».

La Chine affirme aussi que les propos de la première ministre vont à l’encontre des lois internationales et des normes diplomatiques. Dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, l’ambassadeur chinois Fu Cong a déclaré qu’une intervention armée japonaise dans le détroit de Taïwan serait un « acte d’agression » et que la Chine n’hésitera pas à exercer son droit de légitime défense  pour défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale. Beijing a également dénoncé le Japon pour ne pas avoir respecté un communiqué qui a été signé en 1972 entre les deux pays, stipulant que le Japon reconnaît la République populaire de Chine (RPC) comme le seul gouvernement légal de la Chine. 

Sur le plan commercial, le gouvernement chinois n’a pas non plus hésité à agir. L’industrie du tourisme a surtout été ciblée, ayant des répercussions importantes. Les compagnies aériennes chinoises ont annoncé le remboursement de billets ayant pour destination le Japon, les agences touristiques annulent en grand nombre les tours-opérateurs, et les travailleurs dans le secteur public doivent désormais faire approuver une demande de voyage quelconque qui ne servirait pas l’intérêt national. En conséquence, des milliers de réservations dans les établissements touristiques japonais ont été annulées, causant un véritable impact économique. La Chine a également suspendu ses achats de produits de la mer japonais depuis le 19 novembre. 

Face aux représailles de la Chine, Sanae Takaichi affirme que ses paroles n’impliquent aucun changement au niveau politique et à l’engagement du Japon envers la paix. Elle n’a toutefois pas voulu rétracter ses propos et s’est contentée de dire qu’elle n’entretiendrait plus de scénarios hypothétiques sur Taïwan

La réponse de Taïwan

En réponse aux contre-attaques chinoises, Taïwan a démontré son soutien au Japon. En réponse à l’embargo sur les importations des produits de la mer de Chine, le président Lai Ching-te a publié le 20 novembre des photos de lui savourant des sushis préparés avec des produits japonais. Taïwan avait, elle aussi, été sujette à de tels embargos dans le passé et dénonce la Chine pour ses tactiques d’intimidation. Lin Chia-lung, le ministre des affaires étrangères, a déclaré au Parlement: « À ce moment critique, nous devons également soutenir le Japon dans ses efforts pour stabiliser efficacement la situation et mettre un terme à l’intimidation des communistes chinois. » 

Taïwan critique également Beijing pour avoir faussé les faits historiques. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, Taïwan avait été retourné au Kuomintang (KMT), le gouvernement de la République de Chine (RC). Lorsque le RPC a été fondé en 1949 sous un gouvernement communiste, le KMT s’est réfugié à Taïwan et l’île a maintenu le statut de RC. Taïwan, qui s’est séparé de la Chine continentale depuis presque 80 ans, rejette donc le contrôle du RPC, alors que le gouvernement communiste soutient que l’île lui a été cédée. 

Le premier ministre de Taïwan, Cho Jung-tai, réagissant aux revendications de souveraineté du président Xi Jinping, réaffirme que « la République de Chine, Taïwan, est un pays complètement souverain et indépendant » et que « pour les 23 millions de personnes de la nation, un ‘retour’ n’est pas une option ».

Plusieurs conflits d’intérêts sont en jeu, et il reste à voir comment le Japon et les États-Unis, entre autres, balanceront leurs relations diplomatiques avec la Chine et leur alliance non officielle avec Taïwan.

Édité par Marie-Amy Diallo.

This is an article written by a Staff Writer. Catalyst is a student-led platform that fosters engagement with global issues from a learning perspective. The opinions expressed above do not necessarily reflect the views of the publication.

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