Un récent sondage indique que plus de 30% des habitants de l’Alberta supportent à présent le mouvement séparatiste de la province. Alors que l’enjeu nationaliste a été un sujet récurrent dans la politique québécoise dans les dernières décennies, l’idée d’une séparation de l’Alberta du Canada prend à son tour du momentum et fera possiblement le sujet d’un référendum en octobre prochain. La montée en popularité du mouvement séparatiste représente un défi pour le gouvernement fédéral, qui devra tenter de renforcer un sentiment d’unité au sein du pays.
Contexte
Bien que le mouvement de sécession en Alberta a seulement gagné en visibilité politique récemment, ses origines s’étendent à plus loin dans le passé. En effet, beaucoup d’Albertains affirment que la province a été maltraitée par le Canada depuis son intégration dans la confédération canadienne en 1905. L’Alberta, riche en pétrole, a longtemps ressenti une aliénation de la part du Canada de l’Est, beaucoup considérant que la province se fait exploiter pour ses ressources naturelles. Composée de 12% de la population canadienne, l’Alberta contribue à 15% à la production économique brute du pays. Les partisans de la sécession jugent que malgré cette importante contribution, la province est traitée avec hostilité et indifférence par le gouvernement d’Ottawa. Par exemple, l’instauration de réglementations environnementales par le premier ministre Justin Trudeau aurait limité la croissance de l’industrie du pétrole et du gaz de l’Alberta. En général, les habitants de l’Alberta, majoritairement conservateurs, ne se sentent pas représentés par un gouvernement libéral.
Un sentiment d’amertume dans l’ouest du Canada grandit particulièrement depuis les années 80, lorsque le gouvernement libéral de Pierre Trudeau a introduit le programme énergétique national. Ce programme, visant à diminuer le prix du pétrole en imposant des taxes et un contrôle des prix sur l’industrie du pétrole en Alberta, était vu comme une tentative de la part du gouvernement fédéral de s’accaparer les ressources du territoire au détriment des industries de la province. De 1980 à 1985, autour de 100 billions de dollars canadiens ont été transférés de l’Alberta au reste du Canada, menant à un effondrement économique et au renforcement du mouvement d’indépendance. Similairement, la réélection de Justin Trudeau en 2019 pour un gouvernement libéral minoritaire et ses politiques visant à diminuer l’empreinte carbone du Canada a perpétué l’aliénation des provinces des Prairies.
À présent, le mouvement de sécession est consolidé par Alberta Prosperity Project (APP), un groupe ayant collectionné 300 000 signatures d’Albertains pour une pétition soutenant la séparation de la province. La première ministre de la province, Danielle Smith, a affirmé ajouté une question au référendum de la province le 19 octobre prochain, qui demandera aux citoyens de voter pour que l’Alberta reste au Canada ou d’organiser un autre référendum sur la question. Cependant, la décision a été dénoncée par de chefs de Premières Nations comme étant en violation de leurs droits constitutionnels et ancestraux.
Des rencontres avec l’administration de Trump
En comparaison du Québec, dont le mouvement nationaliste est principalement basé sur une identité culturelle et linguistique unique du reste du Canada, le séparatisme Albertain repose davantage sur un désir d’autonomie économique et de politique conservatrices. En effet, des sondages révèlent que les principaux partisans de la sécession sont des hommes blancs d’âge moyen vivant dans des régions rurales. Cette démographique représente les valeurs traditionnelles qui nourrissent le mouvement séparatiste en Alberta. D’ailleurs, Jeffrey Rath, un des leaders du APP, a affirmé que l’Alberta aurait plus en commun avec certaines parties des États-Unis plutôt qu’avec le Canada.
Selon des rapports, l’APP aurait entretenu des rencontres avec des officiels de l’administration de Trump plus tôt cette année pour discuter d’une potentielle marge de crédit de la part des États-Unis en support d’une Alberta indépendante. Considérant que Trump a menacé à maintes reprises l’année dernière de faire du Canada le 51ème état américain, la connection entre le mouvement séparatiste Albertain et l’administration américaine amène des nouveaux risques contre la souveraineté canadienne.
Le premier ministre Mark Carney s’est prononcé sur le sujet, demandant que l’administration américaine respecte la souveraineté canadienne.
Qu’est-ce que cela signifie pour le Canada?
La séparation de l’Alberta n’est pas probable considérant les chiffres. Bien que le 30% de partisans pour une séparation représente un nombre significatif, il demeure une minorité. De ce 30%, seulement 16% sont des séparatistes dévoués, le reste reportant leur vote comme étant conditionnel ou symbolique – une stratégie pour faire pression sur Ottawa.
Néanmoins, la montée en visibilité du mouvement représente bel et bien un mécontentement significatif au sein du pays, et pourrait mener à d’importantes tensions. Si le nombre de votes dévoués continuait de monter, cela pourrait renforcer les forces séparatistes à travers le pays et compliquer les relations entre le gouvernement fédéral et les provinces, amenant aussi un risque d’interventions étrangères menaçant la souveraineté canadienne. Sur le plan économique, l’instabilité politique créée par un référendum pourrait décourager des investissements privés, mitigeant la construction d’une économie durable dans l’ouest du pays.
Face à l’enjeu grandissant du séparatisme Albertain, Mark Carney a affirmé que la province « est essentielle » au futur du Canada. Il travaille avec Smith sur la construction d’une pipeline vers la côte Ouest qui pourrait débuter en septembre 2027, projet qui avait été opposé par la précédente administration. Reste à voir si ce compromis suffira à apaiser la ferveur envers la sécession.
Angela is a third year student pursuing a B.A Honours in International Development Studies with a minor in Computer Science. As a staff writer for Catalyst, she is interested in exploring the intersection of development, culture, and arts, as well as the role of ethnography in policymaking.
